samedi 11 février 2012

Danger vipères !

Les vipères de France métropolitaine.

 

L'animal n’a pas bonne réputation, pourtant la dangerosité des vipères françaises est aussi relative que celle d’un frelon, d’une guêpe ou d’un automobiliste, tous, moyennant de fâcheux concours de circonstances sont potentiellement mortels.

 

Un lourd passé de préjugés:

 

Le serpent est l’origine du mal. Le serpent de la Genèse. Eve et l’église catholique n’ont visiblement pas œuvré en leur faveur.
Pourtant, il n’en fut pas toujours ainsi et de nombreux peuples vénéraient les serpents pour obtenir fertilité et fécondité. Le serpent d’Asklepios (dieu de la médecine chez les grecs) ou d’Esculape (chez les romains) est devenu l’emblème universel des professions médicales. Mais, me direz vous, il s’agit d’une couleuvre...
Il semblerait malheureusement que le lourd passé de stigmatisation du serpent rendu démoniaque par quelques soutanes l’ait emporté et qu’aujourd’hui un long travail de réhabilitation s’impose.
Je ne rentrerai pas dans le détail d’affirmations toutes plus irrationnelles les unes que les autres : les serpents tètent les vaches, ils hypnotisent leurs proies, ils peuvent aussi se mordre la queue réalisant ainsi un cerceau pour dévaler les pentes à votre poursuite, « on » lâche des vipères par hélicoptère etc. Tout ceci relève de l’imagination fertile de certains esprits peu cartésiens.

Faisons connaissance avec les quatre espèces de vipères vivant en France. 

Avant tout il peut être utile de savoir reconnaître une vipère.

La Vipère aspic (Vipera aspis).

 


C'est la plus répandue, elle est présente au sud d’une ligne joignant le sud est de la Bretagne au massif du Jura, quelques localités sont cependant connues plus au nord. Elle se raréfie parfois en plaine, est commune dans les Pyrénées, plus rare sur le pourtour méditerranéen.

La Vipère péliade (Vipera berus).


 
Elle vit en France principalement dans le nord ouest
de la Bretagne au Pas de Calais et aux Ardennes, au dessus de 900m généralement dans le massif central, dans les massifs du Jura, elle est assez localisée en Lorraine et en déclin dans de nombreuses régions notamment dans les Vosges.

La Vipère de Seoane (Vipera seoanei).



Espèce endémique nord ibérique ne pénètre en France que dans une toute petite région du Pays Basque au sud d’une ligne Bayonne-Cambo.

La Vipère d’Orsini (Vipera ursinii).

 

 

Elle ne subsiste en France que dans quelques stations isolées des Alpes-Maritimes, des Alpes-de-Haute-Provence, du Var et du Vaucluse entre 900 et 2100 mètres d’altitude, également en déclin dans toute son aire de répartition un programme LIFE favorisant entre autre la conservation et la restauration de son habitat est en cours pour les populations françaises. A noter que les morsures constatées à ce jour par cette vipère n’ont nécessité aucune hospitalisation, son venin est peu toxique pour l'homme.

Biologie 


Les vipères comme les autres serpents, les lézards et les amphibiens sont des animaux qui ne peuvent réguler leur température corporelle de façon autonome comme les mammifères ou les oiseaux. Ils doivent donc s’exposer à la chaleur pour atteindre une température optimum leur permettant de «fonctionner». Pour ces espèces, cela induit une activité saisonnière au printemps, en été et en automne sous nos latitudes avec une période d’hibernation en hiver dont la durée dépend des températures extérieures.

La taille adulte n’excède pas 90cm pour les plus grands spécimens de Vipères aspic mais la Vipère d’Orsini n’atteint pas cette taille, c’est la plus petite de nos vipères, environ 40 cm en moyenne à l’age adulte.

La durée de vie maximum en milieu naturel semble difficile à affirmer, elle serait d’environ 18 ans pour la Vipère aspic, 12 ans pour la Vipère péliade, 13 ans pour la Vipère de Seoane et de 7 à 10 ans pour la Vipère d’Orsini.

La Vipère aspic se nourrit principalement de micro-mammifères à l’age adulte ainsi que de temps à autre de quelques lézards et oisillons, la Vipère péliade et la Vipère de Seoane rajoutent à ce régime de nombreuses grenouilles, quant à la Vipère d’Orsini qui est plutôt spécialisée, son régime alimentaire est composé en grande majorité d’orthoptères, principalement de criquets et sauterelles ce qui est une exception chez les vipères.

Comme chez les lézards l’organe reproducteur des mâles est pourvu de deux hémipénis utilisés alternativement. Les accouplements ont lieu au printemps et les naissances en fin d’été ou en septembre. Les vipères sont ovovivipares, les œufs éclosent dans le ventre de la mère et elle donne naissance à des vipéreaux parfaitement formés et autonomes. 4 à 6 jeunes pour la Vipère d’Orsini mesurant de 12 à 14 cm, 3 à 8 petits d’environ 19 cm pour la Vipère de Seoane, 2 à 20 allant de 15 à 22 cm pour la Vipère péliade et la Vipère aspic. Les jeunes possèdent déjà le précieux venin qui va leur permettre de s’alimenter, il n’est donc pas judicieux de vouloir les manipuler.

Prédation 

Les principaux prédateurs des vipères sont certains mammifères: renards, blaireaux, des oiseaux: aigle royal, grands corbeaux, le Circaète Jean le blanc qui se nourrit pratiquement exclusivement de serpents et bien sur l’homme: destruction directes des animaux et de leurs habitats.

Protection 

Les vipères comme tous les serpents de France sont protégés par la loi, la Vipère aspic et la Vipère péliade bénéficient d'une protection partielle et la Vipère de Séoane et la Vipère d'Orsini d'une protection intégrale: Légifrance

Les vipères « attaquent »-elles selon ce terme couramment employé?


On imagine déjà l’animal embusqué nous sauter à la gorge au détour d’un chemin. Désolée de casser le mythe mais il n’en est rien, la vipère, morphologiquement ne peut pas sauter, de plus comment ferait elle ensuite pour nous consommer ? Et oui, les serpents ne sont pas comme nous, l’agression gratuite ne fait pas partie de leur mode de vie. Reste donc la rencontre inopinée. Dans ce cas la surprise et la peur sont largement réciproques, généralement la vipère prendra la fuite. Assez rarement, dans certaines situations (pas de repli possible, maladie, gestation, digestion, température trop fraîche, etc.) l’animal peut faire face au danger et prendre alors une posture d’intimidation pour dissuader un éventuel prédateur. Si vous n’essayez pas de la manipuler et que vous la contournez en gardant une distance de sécurité d’environ un mètre l’histoire s’arrêtera là. Si vous devez impérativement écarter ou repousser un individu, (dans votre jardin par exemple) ne jamais le toucher à mains nues ou avec le pied, aidez vous d’une branche ou d’un bâton d’au moins un mètre et contentez vous de le pousser légèrement, ce contact devrait suffire à l’inciter à partir.

Les morsures de vipères sont-elles mortelles ?

 

Encore une fois on s’imagine que l’on est voué à une mort certaine foudroyé en quelques minutes alors que la réalité est tout autre.
Sans écarter les risques réels liés à une envenimation, il est important d’être informé pour agir dans le calme et en connaissance de cause. Voici un lien traitant du sujet :

Quelques précautions assez simples peuvent éviter les accidents :

 

Porter des bottes dans les hautes herbes lorsque cela est possible. Regarder où l’on met les pieds, les mains et l’endroit où l’on va s’asseoir dans les milieux favorables aux rencontres avec les vipères, montagne, bordures enherbées de chemins et de prairies ou autres cultures, lisières de bois, jardins, murets et tas de pierres, falaises d’escalade...

Particulièrement en camping (surtout en montagne), vérifier l’intérieur du sac de couchage et les vêtements restés dans la tente, l’idéal étant de fermer la tente durant son absence. Vérifier sous le sac à dos mais aussi à l’intérieur si vous l’avez posé longtemps ouvert dans la végétation....
Certaines  morsures ont lieu lors du ramassage de petits fruits genre myrtilles, en présence d’une végétation abondante dans un lieu ensoleillé les vipères peuvent profiter de la chaleur sous le couvert végétal et sont alors peu visibles. Il suffit alors d’être prudent et de ne pas y mettre les mains et les pieds avant de s’être assuré de le faire en toute sécurité. Inutile de crier, les serpents sont pratiquement sourds mais sont sensibles aux vibrations, un peu de remue ménage sur le sol et dans les arbustes environnants à l’aide d’un bâton les fera normalement fuir. Mais dans tous les cas l’essentiel est de bien regarder où l’on met les mains.

Lors de travaux agricoles, maraîchage par exemple, ou simplement dans son jardin il convient de respecter les mêmes règles de prudences. Les vipères ne sont pas agressives, elles peuvent mordre mais seulement si elles y sont contraintes, c’est à dire uniquement si vous les touchez, si vous marchez dessus ou si vous vous asseyez dessus, il est donc important d’avoir conscience des risques pour éviter tout accident, tout comme nous devons faire attention de ne pas avaler une guêpe, de ne pas traverser la route sans regarder, etc.

Un accident reste néanmoins possible, et, malgré toutes nos précautions il arrive parfois que l’on ne puisse l’éviter.
Mais vous semblerait-t-il cohérent de demander l’extermination de toutes les guêpes, abeilles, frelons car nous courons le risque d’en avaler un ou bien d’être allergique à leur venin? Une quinzaine de morts tout de même chaque année en France...Les vipères sont loin derrière... Ne parlons pas des accidents de la route, chacun à bien conscience qu’à chaque fois qu’il monte dans sa voiture ou qu’il traverse une route il prend des risques, il ne nous vient pas à l’idée pour autant de détruire toutes les voitures...Il semblerait malheureusement que les vipères ne bénéficient pas de cette sorte «d’acceptation culturelle du risque » qui fait que l’on a conscience du danger, que l’on fait tout pour l’éviter, mais que l’on vit avec...Pourquoi les vipères devraient elles être exclues de ce fonctionnement ? Il appartient à chacun d’entre nous d’apprendre à connaître ce qu’il redoute pour mieux s’en protéger me semble-t-il, il est évident que ce n’est pas en écrasant primitivement un serpent dont on ne sait rien que l’on réduira le risque de se faire mordre par une vipère un jour ou l’autre. Ceci démontre juste l’irrationalité des réactions liées aux serpents, il ne faut pas oublier qu’en France les cas mortels résultants d’une envenimation suite à une morsure de vipère sont extrêmement rares et ne justifient pas une telle psychose à l’égard des serpents.

2 commentaires:

  1. mathey marythé8 août 2014 à 08:19

    J'ai rencontré une vipère cet après midi dans ma cour ! et je ne faisais pas la fière mais je ne suis pas sure qu'il s'agissait d'une vipère comment savoir ???? il y a 15 jours ou 3 semaines c'était une coronelle lisse et aujourdh'ui une vipère. il faut dire que notre maison est située non loin d'une voie ferrée.

    RépondreSupprimer
  2. Ce blog est très beau !

    J'habite dans le Pas de Calais, entre Douai et Cambrai. J'ai le plaisir de cotoyer quelques animeaux sympathiques dans mon jardin : chauve-souris, chouettes (ou hiboux ?), grenouilles (j'ai une petite mare), hérissons, libellules...et quelques spécimens allongés et rampants que j'appelle serpents par incapacité à distinguer l'une ou l'autre éspèce. Hier, je me disais que je n'en avais pas croisé depuis longtemps et j'ai eu la surprise d'entendre souffler une petite bête verte (ou jaune ?) qui s'est vite sauvée. Si j'en ai l'occasion, je prendrai des photos et je vous les enverrai car vous me semblez bien connaître tout ce qui ressemble à un serpent. J'aime passionnément observer les animaux en liberté. Partager le jardin avec eux est un privilège pour moi, mais aussi pour mes enfants...Il me reste à apprendre à les connaître, au moins pour être capable de les nommer correctement !

    Bravo encore pour ce blog.

    Amicalement.

    Elisa R.

    RépondreSupprimer